Persuadés que « La tâche la plus importante aujourd’hui consiste à faire comprendre aux hommes qu’ils doivent s’inquiéter et qu’ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime »* nous doutons pour autant de notre capacité à changer le monde sur une scène.

 

Loin de baisser les bras, nous préférons aux morales plaintives le rire heureux et carnassier de celui qui, sur le pont d’un navire en train de sombrer, continue de jouer du violon plutôt que de se battre pour une place dans les trop peu nombreux canots de sauvetage. Débarrassés de la question d’un art qui sauvera le monde, nous pouvons dès lors envisager un théâtre inquiet mais irresponsable, moqueur mais engagé, populaire mais exigeant.

La friction qui nous anime semble naître de ce paradoxe : d’un côté notre désespoir résolu, de l’autre notre pulsion révolutionnaire.

Notre théâtre cherchera à se faire total. Au centre de tout se tiendront les acteurs, véritables maîtres à bord en toutes circonstances.

Notre envie est celle d’un théâtre d’une poésie sauvage, d’un grand cri de révolte – qu’il soit ricanant ou d’une sensibilité fulgurante - cherchant à trouver son écho parmi le plus grand nombre. Ce que nous voulons, c’est jouer un théâtre de l’instant, où les choses se réinventent en même temps que les publics.

Nous voulons rire de nos angoisses.


Nous voulons rire de ce que nous avons en commun, de ce que nous sommes.
 

Juste avant l’incendie.

 

Pierre-Olivier Bellec

et Victor Ginicis,
Janvier 2018
 

 

*Gunther Anders,
Et si je suis désespéré,
que voulez-vous que j’y fasse ?

Avant l'incendie

On verra demain